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Dernière mise à jour : 16-03-2008
spectacle //
AGATHA de Marguerite Duras
 
Mise en scène : Michael DELAUNOY

Cruelle magie de l’impossible Serge Demoulin et Anne-Claire, acteurs vibrants et tout en retenue d’un huis clos bouleversant. (...) Michael Delaunoy signe avec Olivier Waterkeyn la scénographie implacable de ce huis clos, lui donne de l’air, même. (...) Sous les lumières subtiles de Laurent Kaye se dessinent la villa Agatha, la plage longue, la Loire large dont ils arpentèrent les rives, l’hôtel désert et le piano face au fleuve. Jusqu’aux notes fugaces de la valse de Brahms. Intime et intense est le théâtre de Marguerite Duras ; Michael Delaunoy y plonge avec pudeur et sensibilité, y débusque la magie de l’impossible, le fait entendre au gré d’une interprétation qui oscille, gracile, entre vibration et retenue. Une tragédie minuscule et si vivante. Marie Baudet, La Libre Belgique, 29 février 2008

Partir pour aimer toujours Pour se consacrer pleinement à ses nouvelles responsabilités de directeur artistique du Rideau de Bruxelles, Michael Delaunoy s’apprête à mettre en sommeil sa compagnie L’Envers du Théâtre, en résidence jusqu’ici aux Martyrs. Il fallait donc un texte fort, intime et indélébile pour terminer (provisoirement) cette aventure. Avec Agatha de Marguerite Duras, le metteur en scène ne s’y est pas trompé. (...) Simplissime et pourtant idéale, la scénographie d’Olivier Waterkeyn installe les protagonistes sur un large escalier de bois blanc, perron de la villa au bord de la mer à en croire le bruit des vagues, au loin. (...) Cette pièce d’une heure à peine trouve son point de résonance dans la langue splendide et incandescente de Marguerite Duras, et l’interaction, tout en vibrations infimes, entre Anne-Claire et Serge Demoulin. Epurée, la mise en scène de Michael Delaunoy conduit cette relation hors norme avec un calme appuyé. Pas d’effusion, peu de gestes, les comédiens contrôlent le moindre souffle, à l’image des personnages effrayés par un amour interdit. Epuisés, ils se raccrochent aux rampes de l’escalier, osent à peine se regarder. (...) La pièce laisse largement filtrer toute l’émotion et la ferveur d’un amour sacré et pourtant voué à la clandestinité. Catherine Makereel, Le Soir, 10 mars 2008

Disons-le d’emblée, Michael Delaunoy réussit vraiment à trouver la note juste (parlons de note puisque c’est une écriture très musicale) en accordant une importance presque aussi grande au poids des silences qu’à celui des mots. Un très très beau travail, réussi aussi grâce à deux excellents acteurs, Anne-Claire et Serge Demoulin, qui nous offrent une très belle image de cet univers particulier. Je pense que les amateurs de Marguerite Duras vont beaucoup apprécier. Dominique Muche, Hamlet, Musique 3, RTBF, 8 mars 2008

Avec pudeur, sensibilité, Marguerite Duras dépeint, à petites touches nettes et précises, cette séparation déchirante. La mise en scène discrète, simple et impressive de Michael Delaunoy met en relief la pureté et la puissance contenue dans chaque mot, dans chaque phrase, dans chaque silence. Comme dans une errance infinie, ils sont charriés par un océan de sentiments qui les rapproche et les éloigne sans cesse, ils sont emportés par les vagues d’émotion qui les submergent. (...) Puissant, fort et intime, le spectacle nous enferme dans un cocon délicat de sensations, de sentiments et de perceptions. Les lumières discrètes de Laurent Kaye et le décor sonore créé par Lorenzo Chiandotto y contribuent grandement. En fermant les yeux, on se croirait sous le chaud soleil de la Loire, assis nous aussi, sur le grand escalier blanc. (...) Anne-Claire et Serge Demoulin font vibrer l’air de leurs émotions et nous enferment avec eux dans cette aura de souffrance, de douleur, de renoncement et d’amour. Parenthèse magique, aux silences impressionnants, prenante, subtile et ardente, Agatha est une ode poétique et tragique, à la vie et à l’amour. Muriel Hublet, Plaisir d’offrir, mars 2008

Agatha porte bien son nom : car ce texte de Marguerite Duras est une vraie pierre précieuse. Le matériau idéal pour ciseler un petit bijou théâtral, ce que Michael Delaunoy a réalisé avec brio. (...) Les deux comédiens occupent magnifiquement l’espace-escalier et prononcent chaque mot avec une précision et une justesse rares. Chaque seconde de silence est lourde de sens, chaque mouvement du corps, si petit soit-il, semble traduire un mouvement de l’âme… Anne-Claire irradie dans le rôle d’Agatha. Serge Demoulin offre sa voix limpide et belle au frère transi et révolté intérieurement. (...) Un bijou à (vous) offrir sans hésiter une seconde ! Roxanne Debray, Demandez le programme, mars 2008

C’est un salon dans une maison inhabitée. Une fenêtre laisse passer la lumière d’hiver. On entend le bruit de la mer. Il y a là un homme et une femme. Ils se taisent. Ils sont debout, adossés aux murs, aux meubles, comme épuisés. Ils ne se regardent pas. On dirait qu’ils se ressemblent. Ils se parleront dans une douceur accablée, profonde.

Un des plus beaux textes de Marguerite Duras, mettant en scène la séparation déchirante d’un frère et d’une sœur, unis dans un amour impossible et secret.

« Fin octobre 1980, Marguerite avait entrepris la lecture de L’homme sans qualités de Robert Musil dont elle sortit bouleversée. Comme pour prolonger ce livre inachevé, elle a écrit Agatha, le livre de l’inceste, le dialogue d’un frère et d’une sœur juste avant leur séparation définitive. (…) Ils sont là face à face, dans cette villa abandonnée où ils se sont aimés, comme des imbéciles en train de se remémorer leur passion, la splendeur de leur union, leurs corps faits pour l’amour. Agatha, éloge de l’interdit suprême, est une conversation après la catastrophe. Avec Agatha, on est dans l’amour incestueux, c’est-à-dire dans l’essentiel pour Marguerite. « Il s’agit d’un amour qui ne se terminera jamais, qui ne connaîtra aucune résolution, qui n’est pas vécu, qui est invivable, qui est maudit, et qui se tient dans la sécurisation de la malédiction. » Mais cet amour ne peut pas avoir lieu. Il est donc forcément voué à la clandestinité, à la nuit définitive. On peut reconnaître dans Agatha la maison d’enfance en Dordogne où Marguerite séjourna petite fille et dans le portrait de la mère - « celle qui nous avait appris à nous tenir dans cette merveilleuse négligence de nous-mêmes » - et du frère – « vous étiez très beau sans jamais vouloir le paraître, jamais, et cela donnait à votre beauté la grâce insaisissable de l’enfance » - des échos de sa propre histoire familiale. (…) Sur l’inceste, Marguerite se montre violente, stigmatisant ceux qui le critiquent et interdisant à ceux qui ne le connaissent pas de pouvoir en juger. Plus elle vieillit, plus elle le considère comme un des modèles les plus achevés de l’amour. La lecture de Musil a réactivé douloureusement la blessure de cet amour pour son frère disparu. « Si je n’avais pas vécu l’histoire avec mon frère, je n’aurais pas écrit Agatha. C’est la conjugaison de deux faits : la lecture de Musil et mon adolescence avec ce jeune frère qui était un petit garçon très silencieux, pas apprivoisé, très beau en même temps, un peu scolairement retardé, adorable. Sûrement si je n’avais pas vécu tout ça, cette immensité de l’amour de ce petit frère, je ne l’aurais pas écrit ce livre. »

Laure ADLER (« Marguerite Duras » – NRF)

L’inceste ne peut être vu du dehors. Il n’a pas d’apparence particulière. Il ne se voit en rien. Il en est de lui comme la nature. Il grandit avec elle, meurt sans être jamais venu au jour, reste dans les ténèbres du fond de la mer, dans l’obscurité des sables des fonds des temps. De toutes les manières ou les formes de l’amour et du désir, il se joue. De toutes les sexualités diffuses, parallèles, occasionnelles, mortelles, il se joue de même. De son incendie il ne reste rien, aucune scorie, aucune consommation, après lui la terre est lisse, le passage est ouvert. Ainsi passe par un après-midi de mars un jeune chasseur qui remonte le fleuve alors que les pousses de riz commencent à jaillir des sables. Il regarde une dernière fois sa soeur et emmène son image vers les grandes cataractes du désert.

Marguerite DURAS

Agatha est une épure qui n’est pas sans évoquer par moments la Bérénice de Racine. L’action extérieure y est réduite à sa plus simple expression. La raréfaction du mouvement exige des interprètes une présence aiguë. Le moindre souffle, le moindre tremblement du corps prend valeur d’événement. Corps empêchés, tendus dans leur désir inassouvi…

Pour donner à entendre la musique de ce dialogue secret, Michael Delaunoy a choisi deux acteurs-orfèvres, capables selon lui de la plus belle et de la plus juste des impudeurs, bien loin de l’étalage factice et facile qui, dans nos sociétés-spectacles, s’affiche trop souvent pour telle.

Agatha (1981) est publiée aux Editions de Minuit.

Rencontre autour du spectacle en présence du metteur en scène et des acteurs :

Le samedi 8 mars 2008 à midi à la Librairie Quartiers Latin, 14, place des Martyrs, 1000, Bruxelles (en face du Théâtre de la Place des Martyrs).

Tél. : 02/227.34.00

http://www.cfc-editions.be/

Avec Anne-Claire et Serge DEMOULIN // Mise en scène : Michael DELAUNOY // Scénographie : Michael DELAUNOY et Olivier WATERKEYN // Costumes : Laurence HERMANT et Frédérick DENIS // Lumière : Laurent KAYE // Décor sonore : Lorenzo CHIANDOTTO // Coiffure et maquillage : Serge BELLOT // Photos : Alessia CONTU // Responsable de gestion et de production : Laurence ADAM // Réalisation du dispositif scénique : Olivier WATERKEYN et Alain-Max LA ROCHE // Régie : Nicola PAVONI.
Théâtre de la Place des Martyrs // Bruxelles
Février 2008
27,28,29 // 20:15
Mars 2008
01,05,06,07,08,12,13,14,15,19,20,21,22,26,27,28,29 // 20:15
02,23 // 16:00
04,11,18,25 // 19:00
http://www.theatredesmartyrs.be/
+(0)2/ 223.32.08

Une création de l’envers du théâtre – compagnie Michael Delaunoy en compagnonnage au Théâtre de la Place des Martyrs.

 


Alessia Contu

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